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BAD : Le ratio moyen dette/PIB du continent devrait augmenter pour atteindre 71% en 2020, contre 48% en 2015

La Banque africaine de développement (BAD) estime que le ratio moyen dette/PIB du continent devrait substantiellement augmenter pour atteindre 71% en 2020, contre 61% en 2019 et 48% en 2015.

Selon la BAD, le nombre de pays africains, en situation ou à haut risque de surendettement, a presque doublé en dix ans, de 11 en 2010 à 20 en 2020. Face à cette situation, la Banque estime qu’il est essentiel de s’attaquer à cette tendance et d’amener les pays sur la voie d’une dette plus soutenable.

Dans ce cadre, elle a fait savoir que des experts et responsables gouvernementaux ont échangé, lundi, sur les stratégies de mobilisation des ressources internes pour faire face à l’accroissement de la dette des pays africains et permettre au continent de mieux se relever après la pandémie de Covid‑19, et ce, dans le cadre d’un webinaire intitulé « Explorer le lien entre les politiques fiscales et la gestion de la dette ».

Organisée par la Banque avec le soutien du gouvernement du Japon, cette rencontre est le deuxième d’une série consacrée à la gestion de la dette africaine. Elle visait à explorer des solutions adaptées pour l’Afrique post Covid-19. Cette rencontre a regroupé un panel de haut niveau d’experts gouvernementaux, de spécialistes institutionnels et des acteurs de la société civile, et a enregistré 285 participants.

Selon le directeur du Département de la gouvernance et de la gestion des finances publiques à la Banque africaine de développement, Abdoulaye Coulibaly, il est nécessaire « d’engager une discussion sur la manière de réduire la dépendance à l’égard de la dette, mais aussi sur la manière dont les politiques budgétaires et les politiques fiscales en particulier peuvent contribuer à éviter une situation de surendettement ».

Dr Nara Monkam, directrice de recherche du Forum sur l’administration fiscale africaine a estimé que pour améliorer les ressources fiscales, il faudrait entre autres solutions, améliorer l’efficacité et l’efficience de l’administration fiscale, rationnaliser les dépenses fiscales, informatiser l’administration fiscale, lutter efficacement contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites et faire face à la corruption et à la fraude. Les gouvernements pourraient aussi accroître l’assiette fiscale en relevant l’imposition dans certains secteurs : foncier, télécoms, banques, assurances, immobilier, secteur minier, l’économie bleue et surtout dans le nouveau secteur du numérique.

Philippe K. Tchodie, commissaire général de l’Office togolais des recettes et président du Conseil du Forum sur l’administration fiscale africaine, a indiqué que son pays travaillait sur une stratégie pour réduire sa dette publique, classée actuellement à « risque moyen à élevé », pour la ramener à « risque moyen à faible ». Le gouvernement togolais entend à cet égard : augmenter l’impôt sur le foncier et les automobiles, rationaliser les dépenses fiscales, renforcer la surveillance des grandes entreprises et prendre des mesures incitatives pour les investissements directs étrangers.

Le Togo est considéré comme un exemple en Afrique en matière de mobilisation des ressources internes. Avec le soutien de la Banque africaine de développement et d’autres partenaires du développement, le taux de mobilisation des recettes fiscales est passé de 15,7 % en 2005 à 19,5 % en 2019 ce qui a contribué à réduire le déficit budgétaire de 9,6 % du PIB en 2016 à 2,2 % en 2019.

Pays riche en ressources minières non pétrolières, la Namibie essaie d’équilibrer les impôts et la dette qui croît en raison de la fluctuation des prix des matières premières. Selon Penda Ithindi, conseiller technique économique principal du ministre namibien des Finances, il faut avoir une croissance économique durable et inclusive pour réduire la dette publique sur le long terme. « Pour que nous puissions réduire la dette sur le long terme, la croissance économique doit être renforcée, partagée et durable. La dette est un mal nécessaire, c’est utile tant qu’elle peut avoir un impact sur les dépenses sur les infrastructures et autres ».

Selon Alexandra Readhead, chef de file fiscalité et industries extractives à l’Institut international du développement durable, les prêts adossés aux ressources minières contribuent au surendettement de certains pays, d’où la nécessité de rendre transparents ces types d’accords et de réformer la taxation minière.

Il ressort des discussions, que l’Afrique a un potentiel et une capacité d’imposition beaucoup plus larges, des marchés intérieurs relativement plus importants et de meilleures options d’emprunt sur les marchés extérieurs. Bien qu’encore faible, la gouvernance s’est également améliorée. L’idée est d’aider les gouvernements africains à découvrir leur potentiel et leur capacité à financer leurs propres besoins à travers des politiques adéquates de mobilisation des ressources nationales, renforcées par la promotion de l’engagement des citoyens pour une plus forte appropriation des politiques. Dans ce contexte, explorer les liens entre les politiques fiscales et la gestion de la dette dans l’Afrique post-Covid-19 comme moyen d’atteindre la viabilité de la dette devient très pertinent.

Leila Mokaddem, directrice générale du Bureau régional de la Banque africaine de développement en Afrique australe concluant le webinaire, a relevé l’impérieuse nécessité de mobiliser les ressources intérieures pour limiter une hausse de la dette à travers différents mécanismes comme la taxation des ressources naturelles et l’élargissement de l’assiette fiscale.

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